La lutte contre la lèpre est-elle toujours d’actualité ? 
Interview de
Michel Récipon,
président du directoire
La lèpre est guérissable depuis 25 ans, 14 millions de malades en ont été guéris entre autres grâce à la Fondation Raoul Follereau, et pourtant vous continuez votre combat. N’est-ce pas pourtant un combat terminé ?
Non ! Le combat contre la lèpre n’est pas terminé, car il y a toujours des lépreux. Et qui plus est, de nouveaux cas. Rien qu’en 2006, plus de 260 000 personnes ont été atteintes par la lèpre. Ne nous y trompons pas : ce n’est pas parce qu’elle est une maladie sournoise et lente que la lèpre ne continue pas à détruire des vies.
Détruire, oui, mais pas tuer…
En effet, la lèpre ne tue pas. C’est d’ailleurs là-dessus qu’insiste notre campagne, cette année. Mais elle condamne à une survie parfois plus dure que la mort. Vous avez déjà vu le visage difforme d’un lépreux. Et ces membres mutilés. Imaginez-vous quelles sont les conséquences dramatiques de la lèpre sur le destin d’un homme, qui vit en milieu rural comme c’est souvent le cas ? Physiquement incapable de travailler, rejeté à cause d’une maladie encore entachée de tabous, il devient un rejeté, un exclu, un sous-homme. Il n’a plus le droit, ni la possibilité de travailler, donc il ne peut plus se nourrir, il ne peut plus nourrir les siens, et il ne peut plus tenir sa place.
Est-ce pour cela que vous dites que « soigner ne suffit plus » ?
Oui. Il faut soigner, bien sûr, et c’est pour cela que nous soutenons financièrement les programmes de santé des pays que nous aidons. Mais, arriver pour soigner, c’est presque arriver trop tard. Il faut arriver avant que les circonstances propices à la maladie se soient mises en place. Et c’est ce que nous faisons en mettant tout en œuvre pour dépister les malades le plus tôt possible.
En fait, vous plaidez pour une prise en charge in extenso de la maladie et de ses séquelles ?
Exactement. La misère est une accumulation d’événements. Quand nous sommes sur le terrain, nous sommes souvent démunis, d’ailleurs, devant l’imbrication des problèmes. Par où commencer ? Eh bien, par tous les points où nous pouvons agir. C’est pourquoi nous combattons la lèpre du dépistage jusqu’à la réinsertion. C’est pourquoi, également, nous soutenons dans une démarche cohérente des projets de lutte contre les pauvretés. Pour éviter que la lèpre se propage, il faut apprendre aux enfants les règles d’hygiène de base. Pour qu’ils puissent les connaître, il faut qu’ils sachent lire. Pour qu’ils puissent aller à l’école, il faut que leurs parents aient la ressource minimale pour payer les scolarités. Pour cela, il faut qu’ils aient des métiers et l’accès à l’eau… et ainsi de suite…
« Qui trop embrasse, mal étreint ».
N’y a-t-il pas un risque d’éparpillement à vouloir tout faire ?
Nous ne voulons pas tout faire, nous n’avons pas cette prétention. Non, nous restons tout simplement fidèles au désir de notre fondateur, qui nous a laissé cette mission en héritage : combattre la lèpre et toutes les lèpres. C’est ce que nous faisons. « Toutes les lèpres », qu’est-ce, sinon la pauvreté ? Tant que nous lutterons contre la lèpre, nous serons acculés à lutter contre la pauvreté, sous toutes ses formes.
Finalement, quel est le meilleur remède contre la lèpre ?
La charité. Je crois qu’elle est la réponse à tout, et nous n’en mettons jamais assez à la disposition des autres. J’aime cette réflexion qu’a faite Raoul Follereau : « La légende raconte comment Saint Martin guérissait les lépreux en les embrassant. Je n’affirmerais pas que cette thérapeutique soit toujours efficace, sauf, sans doute, si elle est administrée par un authentique envoyé de Dieu. Mais elle demeure pour nous le symbole de la force inépuisable, invincible, de cette charité qui peut tout, qui ne connaît pas les frontières, qui maudit les guerres et est plus forte que la mort ».